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Fur Free Alliance

 

Discours de la Princesse Catherine Aga Khan,
lors de la cérémonie de remise du Grand Prix du concours Design Against Fur, Hôtel Plaza-Athénée, Paris, le 14 octobre 2003


Je viens ce soir, remercier les jeunes artistes qui ont fait ces affiches, montrant le cruel destin des animaux à fourrure. Leur talent est digne de la compréhension qu’ils ont face à ce grave problème de société.

Je remercie également la presse conviée à cette heure indue, qui a eu la gentillesse de venir au moment où les collections battent leur plein.

J’attire votre attention sur la présence d’Anouk Aimée sans qui la première campagne n’aurait pas eu lieu, merci chère Anouk.

Enfin, je remercie tous les amis qui se sont déplacés pour nous soutenir ici ce soir et mes collaborateurs de Genève, surtout Barry Gilbert Miguet, qui a lutté en faveur des animaux pendant 25 ans aux côtés de mon mari.

C’est pour continuer son œuvre que je suis ici ce soir, car c’est grâce à mon mari que j’ai ouvert les yeux sur la souffrance animale puisque, moi aussi, j’ai porté des fourrures. Cette soiree lui est donc dédiée.

Je ne vois qu’un seul avantage à la vieillesse, c’est qu’elle nous confère une liberté d’expression si totale que l’on peut enfin appeler un chat un chat et s’en féliciter.

Après ce préambule, je vais vous livrer les réflexions d’une vieille dame indigne et politiquement incorrecte.

C’est l’époque des collections à Paris, et je repense avec nostalgie aux défilés de la Couture (comme on l’appelait avec raison), à Monsieur Balenciaga, Mademoiselle Chanel, Christian Dior, Jacques Fath, Madame Grès et j’en passe. Monsieur Saint Laurent, ayant hélas quitté la scène, « la mode », est devenue un free for all pour la plupart des couturiers.

J’en profite pour remercier de leur présence ici Frank et Isabelle Sorbier qui font partie des exceptions.

Ce soir, je ne m’adresserai pas aux fourreurs mais aux décideurs de la mode, aux créateurs qui, chaque six mois, rivalisent pour offrir au public un perpétuel bal masqué qui n’a aucun thème. Cette fois, nous avons eu droit à un mannequin marchant sur la passerelle à 4 pattes, et à une autre faisant des grimaces au public.

D’habitude, la couture habillait, maintenant elle déshabille, et voilà ces belles jeunes femmes qui, au risque d’attraper une pneumonie, déambulent comme parées pour le Crazy Horse Saloon, frisant l’absurde, le bizarre et, en tous cas, le mauvais goût.

Non contents de cet état de choses, la plupart de ces créateurs collent un bout de fourrure de-ci de-là en guise de garniture ; or c’est obsolète et démodé.

Cruauté mise à part, le monde violent dans lequel nous vivons tous les jours ne regarde pas d’un bon oeil les manteaux de fourrure, signe extérieur de richesse ostentatoire, provocatrice et anachronique.

Les couturiers ne pourraient-ils pas tenir compte de la souffrance animale et abolir la licence fourrure? Financièrement, ils pourraient tous se le permettre.

Tout le monde sait aujourd’hui que l’on peut avoir chaud sans mettre de la fourrure, et quelle fourrure : teinte en toutes les couleurs de l’arc en ciel, on ne distingue plus le vrai du faux, qu’il soit vison, lapin, chien ou chat…

Mais, pour ramener un peu d’optimisme à ces propos, imaginons que tous les couturiers du monde puissent se donner la main et que, d’un coup de baguette magique, ils aient envie de redonner aux femmes leur féminité, de refaire de beaux tailleurs dans de beaux tissus, des manteaux chauds mais sans fourrure, des robes du soir simples et élégantes, etc. etc. etc.

Alors, faisons un rêve…

Je vous remercie de votre attention.

 

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